vendredi 23 janvier 2009

Présentation par le site "Par 4 Chemins"


Arnaud Desjardins : un maître

Pour tout dire, au tout début de l'émission de Par Quatre Chemins, il y aura bientôt 28 ans, j'ai potassé comme je le fais maintenant, un certain nombre d'ouvrages et j'ai fait la découverte d'Arnaud Desjardins, qui est un maître spirituel, comme vous le savez. C'est un homme qui m'est particulièrement sympathique peut-être parce que, au départ, c'était un réalisateur de la télévision française. Il a rencontré une brochette de gourous à travers le monde, et il a fait des films qui ont été très remarqués à la télévision.

Au départ, on devinait à travers ses films l'amorce d'une démarche personnelle, qui s'est précisée de plus en plus au cours de sa vie. Au point d'écrire des ouvrages remarquables; la liste en est d’ailleurs considérable. Les plus importants, selon moi, ce sont les trois tomes de Les Chemins de la Sagesse, et les trois tomes de À la recherche du soi. Dans ces deux séries, on trouve l'essentiel de son enseignement.

J'ai une dette de reconnaissance envers lui parce que ses livres nous ont accompagnés, vous et moi, du moins certains d'entre vous, au cours de toutes ces années. Chaque fois qu'un ouvrage d'Arnaud Desjardins paraissait, j'en faisais état. C'est un homme très sérieux, un maître spirituel authentique, et je tire la plus grande joie de le fréquenter à l'occasion. Je suis heureux de savoir qu'il est là et qu'il poursuit sa démarche, son enseignement, que je trouve important, entre autres choses, parce qu'il n'écarte pas la psychologie.
D’après :
DUMOULIN, Lucie. " L’ami Arnaud ", Guide Ressources, janvier 1999.

C'est d'ailleurs de cela dont il est question dans une entrevue qu'il a accordée à Lucie Dumoulin, dans le dernier numéro du Guide Ressources, celui de janvier 1999. D'abord, elle lui fait remarquer qu'il semble sévère à l'égard des personnes " qui n'investissent pas avec sérieux dans leur vie spirituelle ", ou qui le font en dilettante. " Je ne fais qu'énoncer des idées connues depuis longtemps, explique-t-il. Pour se transformer intérieurement, pour se connaître en profondeur et devenir libre des mécanismes qui nous régissent, il faut y consacrer du temps, de l'énergie. Il faut de la détermination et de la persévérance. […] On peut n'avoir d'abord qu'une curiosité sympathique pour la vie spirituelle, puis, quelques années plus tard, le déclic se produit, souvent à la suite d'une crise. Et l'engagement devient plus sérieux. " Ce que j'aime chez lui, c'est qu'on peut facilement se reconnaître dans ce qu'il raconte. C'est comme ça que ça s'est passé pour moi, en tous les cas.
" N'entretenons pas, prévient-il, l'illusion qu'une très grande transformation […] puisse se faire facilement. Les mots "éveil" et "enlightment" sont à la mode, fait-il remarquer. Comme s'il y avait des méthodes si rapides, si efficaces qu'elles permettraient d'accomplir, en quelques week-ends intenses, le travail que les bouddhistes et les hindous très sérieusement motivés réalisent, traditionnellement, en 10 ou 15 ans. " Puis, il rappelle un peu plus loin qu'un Tibétain fait trois retraites de trois ans pour arriver à une connaissance de soi libératrice. Ouf, trois ans... S'il est encore capable de s'endurer après ça, bien sûr.

Arnaud Desjardins insiste beaucoup sur le fait qu'il faut une motivation pour suivre ce cheminement sur la Voie. On peut n'avoir d'abord qu'une curiosité, mais il est nécessaire à un moment de s’engager plus sérieusement. Cette phrase résume bien le propos : " En fait, la libération, c'est le travail d'une existence. " Retenez qu'il parle de libération.

Lucie Dumoulin lui demande d'apporter des précisions sur un mot qui revient souvent dans son discours : " Vous parlez souvent du besoin d'ascèse ", fait-elle remarquer. Ce à quoi il répond : " Si par le mot "ascèse", nous entendons privation, austérité, mortifications, ce n'est pas ça. " Puis, prenant l’exemple de l'ascèse du pianiste, qui doit faire régulièrement ses gammes pour son entraînement, il ajoute : " Ceux et celles qui sont engagés sur la voie spirituelle doivent faire leurs exercices. Éviter les excès, qui sont incompatibles avec la voie, bien sûr, autant qu'avec l'entraînement d'un sportif. "

Plus loin, il rappelle que " l'objectif, nous le portons en nous. Quelque chose nous le fait pressentir, et ça peut être différent pour chacun - la rencontre d'un sage, peut-être, qui ne sera pas forcément notre guide. Nous croyons qu'une possibilité de transformation existe pour l'homme, une possibilité de dépasser nos limitations, un passage à un autre plan de conscience. Il faut alors se demander : ' Sur quelles voies parmi tant d'autres vais-je choisir mon chemin? " " " La Voie est donc moins un moyen d'acquérir des connaissances ésotériques qu'un moyen d'éliminer les obstacles ", lui fait alors remarquer Madame Dumoulin qui a quelque connaissance de la question pour poser une question qui entraîne aussi loin le propos. " Oh oui! rétorque-t-il spontanément. Quand les documentaires que j'ai réalisés dans les monastères et les ashrams étaient projetés à la télévision française, il y a 25 ou 30 ans, les gens me demandaient souvent : ' Arnaud, ces sages que vous avez approchés, qu'est-ce qu'ils ont de plus que nous? ' Et je répondais toujours : ' Ce n'est pas ce qu'ils ont de plus, mais ce qu'ils ont de moins que nous! Ce qui nous encombre encore et dont ils se sont libérés. " Voilà la clé, la démarche elle est soustractive. Au fond, pour arriver au centre et parvenir à quelque chose sur la voie, il faut éliminer les obstacles : en grande partie notre mental, notre folie, notre ego...

" Il faut dissiper, faire disparaître ce qui recouvre une réalité déjà présente, une réalité que nous sommes déjà, explique-t-il. Le but de la voie, c'est de découvrir une réalité que nous n'avons ni créée ni produite, et qui existe préalablement à tous nos efforts. Et pourtant, ces efforts pour rejoindre cette réalité sont nécessaires; c’est ce qu'on appelle sadhanas en sanscrit, et qu’on peut traduire par ascèse. " Il poursuit plus loin : " Nous sommes déjà la réalité. […] une pratique quotidienne de conscience. C’est l’essentiel, ça! Vivre de façon de plus en plus consciente : c'est le cœur de la voie, qu'on retrouve, sous des formes différentes dans toutes les voies. Un surcroît de conscience, de présence à soi-même qui grandit avec la pratique. Qui grandit aussi à mesure que les facteurs de distraction s'amenuisent. […] Avec quelques expressions, nous arrivons à évoquer ce dont nous parlons : être attentif dans l'instant, présent à soi-même, l'hyper-conscience, conscience non séparée, vigilance, awareness - en anglais par opposition à consciousness - ce que Tich Nhat Hahn appelle pleine conscience, ou ce que Gurdjieff appelait le rappel à soi... Et c'est là toute la voie. On s'exerce, et ça devient de plus en plus naturel, une attitude. C'est une transformation qui s'opère peu à peu. "

Plus loin, dans cette entrevue, il révèle : " Je n'ai rien inventé, je tiens beaucoup à le dire. Il ne s'agit pas des ' idées ' de mon maître, Swami Prajnanpad, ou de moi-même, comme on parlerait des idées de tel philosophe. Il s'agit de la découverte d'une réalité qui existe éternellement et qui ne dépend d'aucun maître. " Pour lui, le mysticisme c'est " tout simplement le désir de faire l'expérience personnelle de la réalisé ultime " de même que d’en " éprouver le besoin intense, impératif, de faire soi-même l'expérience. " Voilà l'idée.

À propos des gens qui ont peur de vieillir, je dirais en citant Arnaud Desjardins : " Ce qui ne vieillit pas, c'est la conscience. En dehors de la voie, elle ne se serait jamais révélée telle que je la vis. Certains moments très intenses de ma vie - passion amoureuse, réussite professionnelle, voyages, rencontres avec des gens - , me semblent lointains, très lointains. Toutefois, les premières réunions des groupes Gurdjieff auxquelles j'ai participé à l'âge de 20 ans et les premiers exercices de rappel à la conscience que j'ai appris à faire me paraissent encore tout récents. On touche là quelque chose qui n'est pas dans le temps, qui ne vieillit pas. "

D’après :
DESJARDINS, Arnaud. Regard sage sur un monde fou, Éd. de La Table Ronde,1997.

J'ai devant moi les deux derniers ouvrages d'Arnaud Desjardins. Le premier est un ouvrage dans lequel il s'interroge sur le monde d'aujourd'hui, qui l'inquiète beaucoup. Il dit d'ailleurs qu'il lui semble que le monde actuel est très malade - il n'est pas le seul à le penser... Il s'explique dans ce livre constitué d'entretiens avec Gilles Farcet, qui s'intitule Regard sage sur un monde fou.

Ce qui le trouble beaucoup, entre autres choses, à propos de la télévision, c'est le fait que les émissions qui veulent être d'information, d'enseignement, d'affaires publiques, dirions-nous, ne répondent pas aux attentes qu'on devrait avoir, parce qu'un produit culturel devrait donner une haute opinion de ce qu'est l'homme. Un jour, Arnaud demandait à son gourou, Swami Prajnanpad, un personnage extraordinaire : " Y a-t-il un critère permettant d'évaluer la qualité d'un film, d'un livre, d'une émission de télévision, indépendamment du sujet traité? " Le Swami lui aurait répondu que " un produit culturel devrait donner une haute opinion de ce qu'est l'homme. "

" J'ai été très frappé par cette idée, en elle-même simple, et j'ai beaucoup réfléchi : ' A high opinion of what man is. ' " (L'anglais vient de ce que Prajnanpad s'exprime en anglais, bien sûr). Là-dessus, il ajoute que " l'image de l'homme qui se grave chez un adolescent, uniquement nourri de programmes de télévision, de films et de magazines, [est] avant tout celle d'un être violent, contradictoire, faible, superficiel, égoïste, irresponsable, souvent corrompu, celle d'un monde où seuls les forts méritent de vivre, où les cœurs purs sont à côté de leurs pompes… "

" Désespérer, c'est donc ne plus croire en l'homme? ", lui demande plus loin Farcet. " Oui, parce qu'on ne peut se construire soi-même sans une idée positive de l'homme. Il est devenu péjoratif de dire d'un livre ou d'un film qu'il est édifiant. On n'y voit plus que l'expression d'un moralisme désuet. Et pourtant, édifier, c'est construire. Ce qui ne nous construit pas nous détruit. Or, l'idée de l'homme véhiculée par une certaine information et la plupart des productions culturelles contemporaines - la plupart, pas toutes - est destructrice, si destructrice qu'elle conduit trop de jeunes - et de moins jeunes - à des extrêmes : la démission d'un côté, de l'autre, l'individualisme forcené. "

Dans L'ami spirituel, un autre de ses ouvrages paru en 1996 aux éditions de La Table Ronde, Arnaud Desjardins a une autre façon de parler de l'enseignant, du maître à penser, du gourou, si vous voulez. C'est un livre qu'il a écrit en collaboration avec son épouse Véronique Loiseleur, elle-même auteure d'ouvrages très intéressants, en particulier sur la non-dualité.

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